Grand fourre-tout poétique et pensées en goguette rédigées au fil de mes humeurs.
Régulièrement convié aux soirées de la duchesse de Guermantes, Monsieur Flegm s’y rend toujours avec le même plaisir, heureux de côtoyer le grand monde et de pouvoir siroter le meilleur des champagnes, à demi allongé dans une méridienne. Il n’est nullement impressionné par la phrase proustienne : les anneaux nécessaires d’un beau style ? – ceux d’un boa en plumes, vous répondrait-t-il avec son indéfectible sourire.
Qu’importe s’il n’a que rarement l’occasion de glisser dans la conversation ce genre de bons mots, faute d’interlocuteur, et qu’on lui tende même souvent, par méprise, une coupe de champagne vide en le sommant d’en apporter une autre ! Il a plus d’un talent et sait se distinguer de façon plus originale.
Par exemple, ne serait-ce que l’autre soir, ce facétieux convive a su tirer, pendant de longues minutes, un son limpide et clair d’une coupe en cristal en effleurant son rebord avec un doigt humecté de champagne ; a déambulé dans la salle de réception, plus d’une heure, une cuiller à thé suspendue à son nez ; a mis, à plusieurs reprises, sept petit fours dans la bouche et prononcé la phrase « Les chaussettes de l’archiduchesse sont-elles sèches, archi-sèches ? » ; a dansé un kazachok frénétique sur une polonaise de Chopin ; s’est confectionné des boucles d’oreilles avec des cerises, une fausse moustache avec des queues d’écrevisse ; s’est chaussé d’ananas.
Pourtant - le mystère reste entier - il n’est fait aucune mention de Monsieur Flegm dans les milliers de pages d’A la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Dommage, il y aurait mis pas mal d’ambiance …