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Grand fourre-tout poétique et pensées en goguette rédigées au fil de mes humeurs.

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Nous prograissions...

Je remercie l’élève dont l’orthographe défaillante mais expressive m’a inspiré ce petit texte.  

 

Nous pédalions littéralement dans la semoule et plus aucun d’entre nous ne se battait pour endosser le maillot à poix du meilleur grimpeur. Nous étions las de traîner nos cent kilos et de brûler nos graisses, sous ce soleil de plomb. Nous roulions depuis plusieurs jours sur les jantes, nos boyaux de caoutchouc ayant éclaté sous l’effet de la chaleur. L’asphalte des routes était devenu une pâte molle dans laquelle nos roues laissaient des sillons tortueux, qui s’accrochait à nos chausses lorsque, faute de vitesse, nous avions la malchance de poser le pied. Les fibres de nos maillots et de nos cuissettes s’étaient définitivement imprégnées du graillon de nos derniers repas consistants. A quand remontaient-ils maintenant ? Alors qu’en d’autres temps, cette odeur nous eût été insignifiante, elle excitait désormais douloureusement nos narines et rendait notre manque de ressources plus cruel : nous aurions donné n’importe quoi pour pouvoir à nouveau remplir grassement nos musettes. Certains d’entre nous évoquaient avec nostalgie les temps où, dans le dénuement, on pouvait achever sa monture et se nourrir de ses chairs. Satanées bicyclettes ! Pour ma part, je gardais précieusement dans une poche, enveloppé dans une feuille de papier gras, un morceau de lard rance dont je suçotais la couenne, nuit après nuit, à l’abri des regards envieux, pour que mon palais se souvînt de l'opulence qui n’était plus. Me revenaient en mémoire les merveilleux débuts de cette course, quand chaque fin d’étape était pour nous l’occasion de fêtes grandioses. Des naïades savonnaient et enduisaient nos corps, alors athlétiques, d’huiles aromatiques, beurraient nos chevelures, comme si nous étions des guerriers gaulois, et nous préparaient pour de copieux repas composés de viandes rôties, de venaisons, de charcuteries et de vins. A présent, le soir venu, des kinés aigris se servaient des huiles alimentaires, passées et à l’odeur âcre, pour masser et soulager nos mollets durcis par les heures d’efforts. Le repas du soir se limitait au reste du bouillon de midi, tenu constamment chaud dans nos gourdes de métal, et que nous buvions d’un trait, à la lueur de quelques bougies de suif.

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