Dimanche 21 octobre 2007
Par Blaps
Je voudrais bien savoir pourquoi je suis
toujours le cheval que je tiens par la bride.
Henri Michaux
Si le postulat cartésien « je pense donc je suis » n’est guère contestable, il est étonnant de constater que son contraire « je pense donc je ne suis pas » est tout aussi
recevable et évoque même l’une des réalités humaines les plus irréfutables.
Vous ne me suivez pas dans cette conclusion ? Eh bien ! N’est-ce pas là une preuve de ce que j'avance? Car, dans le cas contraire, vous auriez
peut-être suivi un peu trop béatement mon raisonnement ; vous vous seriez laissés embobiner sans résistance aucune. Or, penser c’est, au contraire, être autonome et ne pas suivre bêtement le
courant : vous pensez donc vous ne suivez pas. Vous y êtes ? cogito ergo non sequor : « je pense donc je ne suis pas. »
Poursuivons.
Le corollaire de ce premier syllogisme est que si je ne pense pas, je suis. En d’autres termes, si je ne laisse pas la pensée définir ma praxis, je
suis bêtement le reste du troupeau comme un mouton à l’instinct grégaire, sans autre souci que de me gaver d’herbe grasse. Un mouton ne pense pas, il suit sa panse, ce qui n’a rien à voir.
Mais si un mouton ne pense pas mais rumine, l’homme qui rumine, au contraire, ne cesse de penser ; il a même la tête saturée des pensées qu’il remâche.
Or, en ruminant de la sorte, ne retrouve-t-il pas des facultés moutonnières et, selon le principe évoqué plus haut, ne devient-il pas incapable de la moindre pensée ? Serions-nous alors
contraints de conclure, contre toute logique, que l’homme qui pense ne pense pas… A suivre.
Lundi 22 octobre 2007
Par Blaps
"Le non-être n'est pas, l'être est"
Les nonettes repassent les traités
Les nonettes trépassent lettrées.
Mercredi 7 novembre 2007
Par Blaps
Finies les crèmes hydratantes et antirides, les journées gâchées à cause d'un bouton en plein milieu du visage. Aux oubliettes les shampoings
antipelliculaires et les lotions revitalisantes : j'affronte désormais ma calvitie naissante avec sérénité.
Au diable les dentifrices antitaches et les strips blanchisseurs : cigarettes, cafés et vins rouges seront de toutes les fêtes. Le matin, je regarderai
avec indifférence mes yeux vitreux et cernés ou mon teint blafard.
Je n'aurai plus à présent à me soucier de ma ligne et désire bien en profiter. Cuisine au beurre et mayonnaise à tous les repas !
Et je m'afficherai sans complexe sur les plages, l’été. Je laisserai le soleil brûler ma peau écrevisse, les crèmes solaires devenues désormais
inutiles.
Décidément, l'acquisition de ce très bon logiciel de retouche photo va considérablement me simplifier la vie.
Dimanche 11 novembre 2007
Par Blaps
Je n’en reviens toujours pas : des biologistes ont découvert, il y a peu, un mollusque d’un peu plus de 400 ans le long des côtes islandaises. Pour
déterminer son âge, il n'ont eu qu'à dénombrer les stries présentes à la surface de sa coquille puisque il en est apparu une nouvelle chaque année depuis le début du XVIIème siècle.
Vous imaginez-vous ça ? Le début du XVIIème siècle ! À l’époque, le soleil tournait encore autour de la terre…
Mesurons une fois pour toutes l’inefficacité des conseils de santé dont on ne cesse de nous rebattre les oreilles ! Prenons donc exemple sur ce bivalve
quatre fois centenaire et ne singeons plus bêtement, une fois par semaine, les vaines gesticulations d’ingénues et mortifères professeures de fitness, aussi affolantes soient-elles. Pour ma part,
je mets un terme à tous mes joggings matinaux et quotidiens, j’éviterai même au maximum de me déplacer à pied. Et que l'on ne me reproche plus de forcer sur le sel quand un régime constitué
seulement du filtrage d’eau de mer a donné d’aussi excellents résultats.
L’écriture de ce texte ayant occasionné de trop violents efforts physiques et intellectuels, je vais à présent m’enfoncer dans un canapé, ne rien faire, ne
pas trop réfléchir, m’avachir et gagner quelques centaines d’années de vie en ricanant devant les vains efforts de mes contemporains pour conserver leur jeunesse...
Jeudi 13 décembre 2007
Par Blaps
J'ai dernièrement remarqué avec enthousiasme qu'en cas de fortes démangeaisons,
il n'y a pas le moindre espace, à la surface de mon corps, que je ne puisse toucher du doigt, aucune parcelle de peau qui ne soit accessible à mes ongles vigoureux. C'est dire si je suis une
fabuleuse mécanique parée contre les attaques de mon derme. Flagellez-moi d'orties, saupoudrez-moi de poil à gratter, mes doigts répondront dare-dare à toute irritation. Les moustiques peuvent
bien m'envoyer leurs escadrilles, les trombidions, leur infanterie, les bébés, leur varicelle, je riposterai du tac au tac et soulagerai mes démangeaisons par le plus efficace et le plus intégral
des grattages de tout le monde animal.
Comprenez donc bien qu'avec cette morphologie avantageuse, je reste de marbre et dubitatif devant l'épais et encombrant blindage du rhinocéros
et que je me tienne les côtes en voyant l'ours demeurer éternellement à proximité de sapins pour pouvoir, au besoin, frotter son dos à leur écorce rêche, alors que moi, je puis me contenter d'un
minuscule arbre de Noël, quelques jours par année.