Par Blaps
Ce soir là, peu après l’heure du coucher, fermement décidé à remplir ses devoirs conjugaux, Monsieur Flegm décida de quitter sa chambre pour rejoindre celle de son épouse. Il frétillait déjà des orteils sur la descente de lit (une peau de tigre autrefois mangeur d’homme et dont le poil chatouillait à présent agréablement les pieds), lorsque son épouse, déjà couchée, remarqua sa présence au-dessus de son épaule en étouffant un petit cri. Stupéfaite et visiblement très retournée, elle semblait néanmoins consentir à partager son lit.
Monsieur Flegm retira son pyjama et s’immisça à tâtons sous les couvertures. Comme de petites taupes lubriques, ses mains boudinées se frayèrent un chemin jusqu’aux hanches de son épouse et se mirent à caresser le satin d’Italie de sa chemise de nuit. Brûlant d’impatience Monsieur Flegm se rapproche ; il passe maintenant sa main droite sous le bras de son épouse et tâte avec le pouce et l’index la dentelle fine du décolleté. Sa main gauche saisit un pan de la chemise de nuit, la fait remonter lentement jusqu’à hauteur de fesses. Il gigote, se débarrasse d’un violent coup de rein de l’épais couvre-lit de velours rouge qui entrave ses mouvements. Il ne ramène sur ses ébats que la couverture de soie fine. Les membres s’agitent, les draps se froissent crescendo. Monsieur Flegm, emporté dans ses mouvements, griffe frénétiquement le matelas recouvert d’un drap de coton d’Egypte. De quelles profondeurs venait donc cette subite furie qu’il n’avait jamais connue à son épouse ? Le lit à baldaquin tremble de plus belle. Monsieur Flegm profite qu’un rideau de gaze passe miraculeusement au-dessus de lui pour éponger son visage qui ruisselle de sueur. Ivre de plaisir, il replonge ensuite sa tête dans l’édredon de duvet de cygne, mord à l’intérieur jusqu’à le déchirer. Des plumes se répandent dans l’air moite de la chambre où les râles succèdent aux suffocations.
« Mais voyons, chéri, que vous prend-il ? »
Dans l’encadrement de la porte, Madame Flegm, vêtue de sa robe de chambre de moleskine rose, venait d’entrer dans la pièce. Elle tenait sur un plateau une théière fumante et deux tasses de porcelaine.
Embarrassé, Monsieur Flegm s’interroge en saisissant, sur le lit, la chemise de nuit de son épouse désespérément vide. Mais comment avait-elle bien pu faire pour lui glisser encore une fois entre les doigts?