Mercredi 26 septembre 2007 3 26 /09 /Sep /2007 22:44

Par Blaps

Ayant cherché en vain la trace du carapaçon dans plusieurs ouvrages lexicographiques, je suis forcé de constater qu'il n'en a, paraît-il, jamais été question d'aucun. Et, dans chaque dictionnaire, le caparaçon rencontré quelques pages en amont de la place irrévocablement vacante, ne parvient pas à me satisfaire, ni dissiper mon inquiétude.
Le carapaçon se serait-il rétracté sous sa carapace au point d'annuler sa nécessité ou se serait-il tout simplement carapaté comme tant de mots rares, faute d'usage ?
Se peut-il que le beau spécimen de carapaçon, qui se pavane dans mes appartements à longueur de journée, qui s'ébroue sans vergogne sur ma moquette et se fait les griffes sur mon sofa, soit seulement un bâtard unique issu du croisement de deux consonnes?
Mais chut! je le vois qui me toise. Ne le contrarions surtout pas, tout doux, tout doux, mon mignon! Qui sait de quoi est capable cet hapax rapace?

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Mardi 25 septembre 2007 2 25 /09 /Sep /2007 22:34

Par Blaps

« Vivre dans une carapace, autrement dit avoir ses os autour de soi, quel changement radical cela ce doit être dans la façon de comprendre la vie ! » Telle est la façon dont un personnage de Raymond Queneau analyse le singulier destin du homard, contraint de vivre dans l’« osscurité ». Eric Chevillard s’adonnant lui aussi à l’ostéologie déplore : « Ça coince un peu partout, il faut le reconnaître. Plus mort que vif est le corps en croix cloué à son squelette. »2 Les deux choix opérés par le vivant au cours de l’évolution, carapace ou squelette, se rejoignent malgré leur diversité ; si le dedans de l’un devient le dehors de l’autre, une organisation commune lie crustacés et vertébrés. Le squelette, charpente invisible, qui immobilise le corps, dans l’exemple de Chevillard, joue le même rôle que la carapace qui emprisonne les chairs molles, chez Queneau. Derrière ces anatomies opposées, subsiste une même réalité qui transgresse la barrière des genres. Le « corps » de Chevillard, qui équivaut au « soi » dans la formule de Queneau, souffre d’être en contact avec l’élément solide qui lui donne une forme. Dans un cas comme dans l’autre, le corps s’accommode autant qu’il le peut de son ossature, s’y adapte ou s’y fond. Ce que Chevillard nomme « corps » et Queneau « soi » ne coïncident pas, par conséquent, avec l’aspect extérieur. Mou et informe par nature, le corps semble être ce qui, pour revêtir une apparence, entre en contact avec un élément solide.
Ce parallèle entre l’être humain et l’être homard met en lumière la singularité de Crab, personnage ambivalent dont le nom rappelle un crustacé mais dont les actions et les pensées s’apparentent à celles d’un homme. Il explique également les tiraillements de notre homme, le héros des Absences du Capitaine Cook, dont l’étrange ossature est évoquée à plusieurs reprises. Si son nom ne peut être rapproché de celui d’un crustacé, ses membres, amputés avant d’apparaître à nouveau dans le texte, rappellent les pinces que le crabe abandonne à un adversaire trop puissant avant que n’en repoussent de nouvelles.
Les personnages de Chevillard se partagent constamment entre le flasque et le rigide. S’ils aspirent à davantage de mollesse et de souplesse, ils sont guettés par la calcification et une entière pétrification, à l’image de Crab qui « ne cache pas son intention d’opter pour (l’) état (de gastéropode) » 3 mais qui « - il n’est de douleur plus atroce pour une statue - court le risque d’être pulvérisé par le gel. » 4 Dans le conflit de ces deux états physiques opposés, apparaissent au grand jour et à la surface du corps les aspects obscurs de sa genèse utérine et de sa dégradation souterraine : la souplesse de l’embryon d’un côté et la rigidité du fossile de l’autre.

 


 

[1] Raymond Queneau, Saint Glinglin, Paris, l’imaginaire Gallimard, 1975, p.17
[2]
Eric Chevillard, Les Absences du capitaine Cook, Paris, Les Editions de Minuit, 2001, p.28

[3] Eric Chevillard, La Nébuleuse du crabe, Paris, Les Editions de Minuit, 1993, p.112
[4]
Eric Chevillard,
Un Fantôme, Paris, Les Editions de Minuit, 1995,  p.151

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Où il sera question de l'ouragan qui fait battre des ailes un papillon à l'autre bout du monde et de l'huître qui fait une perle du grain de sable dans l'engrenage ...

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