Par Blaps
Donner mes carpes à chasser au chat que j’ai dans la gorge ? Pensez-vous ! Le félon félin est leur fidèle acolyte, qui joue avec mes nerfs en pelote et me prépare à coup sûr une mauvaise extinction de voix.
Donner mes carpes à chasser au chat que j’ai dans la gorge ? Pensez-vous ! Le félon félin est leur fidèle acolyte, qui joue avec mes nerfs en pelote et me prépare à coup sûr une mauvaise extinction de voix.
Quand un nom m’échappe, j’enfourche l’hippocampe qui loge dans mon cerveau et me mets illico à sa recherche dans les épaisses broussailles de mes neurones. Rares sont les termes qui, après une impitoyable traque, parviennent encore à se terrer et se taire. Car mon hippocampe a un flair redoutable. Il est tout à la fois, ma monture et mes chiens. Tenace, il ne supporte pas d’être mis en échec. Ou plutôt entêté, puisque mon hippocampe a établi son camp dans ma tête et n’en sort plus désormais.
L’autre jour, par exemple, mon hippocampe a su débusquer de très vieilles connaissances, femelles du sanglier et du lièvre, enfouies depuis belle lurette
sous une chape d’oubli et, semblait-il, à l’abri du danger pour très longtemps encore – elles vivent d’ailleurs paisiblement dans bien des cerveaux, lesquels se soucient peu de les appeler par
leur nom ? Après avoir sellé et bridé mon hippocampe, je me lançai à la poursuite des deux fugitives jusqu’à les cueillir enfin, l’une après l’autre, d’hase à laie.
Bien sûr, je fus bien incapable ensuite de savoir ce que j’allais pouvoir faire de ces deux noms sinon les inviter dans ce petit texte et les changer en fleur…
En revanche, en dansant la tecktonik en équilibre sur le dernier échelon de l’échelle de Richter, j’ai obtenu un vif succès auprès de tous ces adolescents en mal de modèles.
Parce que la situation devenait intenable, je décidai de mettre enfin de l’ordre. Mais il m’en fallut du courage pour affronter la paperasse en pagaille qui s'entassait dans mes tiroirs saturés et celle qui, faute de lieu de rangement convenable, avait fini par s'amonceler un peu partout.
Je dus d'abord me débarrasser des papiers obsolètes ; trier, classer, par ordre chronologique, correspondance amoureuse et relevés bancaires, par ordre alphabétique, feuilles, fiches, faire-part, formulaires et factures en tous genres ; compartimenter le tout, dans des dossiers suspendus des bacs de rangement ou des classeurs de différentes couleurs ; démêler mes circonvolutions corticales, dans l’embrouillamini neuronal faire des coupes et réaménager les concepts selon le genre et l’espèce ; récurer les fentes synaptiques pour faciliter le passage des idées ; étiqueter aussi ce lot de souvenirs dont la plupart n’avaient jamais été véritablement ordonnés.
Mais je fus, à mon grand désarroi, incapable de me rappeler ma première chemise. Je me creusai les méninges, fouillai dans ma mémoire. Sans résultat. Je remuai de fond en combles tiroirs et armoires à la recherche d’un indice qui m’eût permis de me remémorer l’objet perdu. Peine perdue.
En voyant mon appartement à nouveau sens dessus dessous, j’eus un moment l’intention d’abandonner mes recherches pour stopper cette nouvelle hémorragie de désordre. Mais allais-je avoir le cran de m’en ficher, de ma première chemise ? Je ne suis pas de ceux qui se moquent de ce genre de choses…
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