Dimanche 23 décembre 2007
Par Blaps
Il ne faut jamais se frotter de trop près à l'escarmouche. Ce n'est pas que cette chimère soit particulièrement dangereuse, point d'aiguillon, point de
crocs, mais, parmi les créatures imaginaires, il n'en est aucune qui mette autant d'énergie qu'elle à se coller à vous et à revenir à la charge chaque fois que vous la chassez.
Ne vous fiez pas à son bourdonnement flapi, elle échappe facilement à qui voudrait la mettre hors d'état de nuire. Face à ses réflexes remarquables, quelle
que soit votre vivacité, vous serez toujours pour elle un lambin mollasson et pataud. Dans son monde, vous êtes son escargot, sa limace, sa tortue. Et grâce à ses yeux télescopiques qui balayent
sans interruption les alentours, elle aura le temps de vous voir venir. Elle aura toujours sur vous une longueur d'avance et vous verra comme si elle tenait des jumelles à l'envers. Ne vous
étonnez donc pas qu'avec elle jamais vos chiquenaudes ne fassent mouche…
Mercredi 19 décembre 2007
Par Blaps
Ma vie serait-elle plus simple s’il n’y avait pas ce fameux libre arbitre qui, chaque fois que je m’écarte des sentiers battus, me rappelle à
l’ordre d’un coup de sifflet vif et castrateur, qui, lorsque je décide enfin de n’en faire qu’à ma tête, sanctionne mes écarts d’un carton jaune menaçant et brandi sévèrement au-dessus de moi ?
Toujours prêt à me garder dans l’ornière, il ne m’offre aucune seconde de répit, ne s’éloigne jamais trop de l’action et ne s’est, jusqu’à présent, jamais laissé corrompre.
Et c’est malgré moi que je me soumets à la tyrannie de ce libre arbitre dont le manque de jugement est pourtant manifeste. Songez : il ose porter
des cuissettes noires avec de longues chaussettes en laine …
Samedi 15 décembre 2007
Par Blaps
Après que j’eus battu à plate couture aux échecs l’un de ses ordinateurs, la Machine voulut prendre sa revanche au bras de fer en mobilisant l’une des grues
qui, comme par hasard, était en action sous mes fenêtres.
Mais je n’acceptai pas ce nouveau défi, n’ayant vraiment pas l’envie d’infliger à cette mauvaise perdante un nouveau camouflet.
Jeudi 13 décembre 2007
Par Blaps
J'ai dernièrement remarqué avec enthousiasme qu'en cas de fortes démangeaisons,
il n'y a pas le moindre espace, à la surface de mon corps, que je ne puisse toucher du doigt, aucune parcelle de peau qui ne soit accessible à mes ongles vigoureux. C'est dire si je suis une
fabuleuse mécanique parée contre les attaques de mon derme. Flagellez-moi d'orties, saupoudrez-moi de poil à gratter, mes doigts répondront dare-dare à toute irritation. Les moustiques peuvent
bien m'envoyer leurs escadrilles, les trombidions, leur infanterie, les bébés, leur varicelle, je riposterai du tac au tac et soulagerai mes démangeaisons par le plus efficace et le plus intégral
des grattages de tout le monde animal.
Comprenez donc bien qu'avec cette morphologie avantageuse, je reste de marbre et dubitatif devant l'épais et encombrant blindage du rhinocéros
et que je me tienne les côtes en voyant l'ours demeurer éternellement à proximité de sapins pour pouvoir, au besoin, frotter son dos à leur écorce rêche, alors que moi, je puis me contenter d'un
minuscule arbre de Noël, quelques jours par année.